Cher journal,
Toujours cette irrationnelle peur de mourir.Ce combat intèrieur entre deux parties de moi. L'une me contraint d'effectuer des sortes de rituels tandis que l'autre me somme de ne pas exécuter ce que me demande la première, décrétant(à juste titre) que c'est tout à fait ridicule, inutile et qui plus est uen immense perte de temps. Hier soir j'ai passé trois heures. Trois longues et douloureuses heures. J'ai tout sorti examiné puis rangé rigoureusement, veillant à ce que chaque objet soit à la même place que la veille. J'ai ouvert chaque boîte qui en appelait une autre. Je savais qu'une fois de plus je me laissais submergée par ces obligations que je me fixais à moi-même.Chercher mais chercher quoi? J'avais cette angoisse atroce qui me tiraillait l'abdomen. Cette sorte de boule qui m'oppressait le coeur. J'ai répété certains gestes une trentaine de fois. Parfois cela prenait des proportions: chaque chose représentait un danger potentiel, si bien que je regardais, affolée, un peu partout ne sachant plus où aller. L'étreinte au fond de ma gorge s'était reserrée un peu plus, j'avais les mains moites.Et si je ne le fesais pas? Serais-je vraiment suceptible de mort ou la vie d'un de mes proche serait-elle réellement menacée? Je savais que toutes ces pensées et ces actes étaient absurdes. Qu'est ce que ça pouvait changerque je le fasse ou non? Mais il le fallait. Au fond de moi une voix implorait que je m'exécute alors que l'autre me suppliait de ne pas me laisser tenter. J'étais tiraillée entre ces deux êtres.
J'étais arrivée, complétement bousculée devant la porte du cagibi, reliée à ma chambre, qui devait être close comme chaque soir: "Je la ferme ou pas cette fichue porte?-Non il ne faut pas!-Mais si je ne le fais pas , qu'est-ce qui va arriver?"J'en avais fini par ne plus bouger, complètement envahie. J'hésite, mes muscles se raidissent, je regarde la porte et finis par lui crier: "Je ne te fermerai pas et demain rien n'aura changé!..enfin je l'espère."
Bien décidée à ne pas me laisser tenter: j'éteins mes lampes, embrasse ma mère et me retourne avec assurance vers le mur en opposition avec LA porte pour tenter de
m'endormir en pensant à autre chose.
J'ai finis par sombrer dans le sommeil, bien sûr en pensant à toutes sortes de maladies qui pourraient m'atteindre( sombre berceuse) et à force de fixer résoluement le mur mes paupière se sont fermées: ma peur vaincue par ma fatigue.Je suis heureuse: rien n'a changé, et j'ai résisté, j'ai réussi!
Bien sûr tout n'est pas fini, mais c'est déjà une étape pour moi. Une première victoire contre ce qui est aujourd'hui appelé une maladie.